25 avril 2009
Les "évacués" Alsaciens en 1914 par Hervé Dierstein
Les « évacués » Alsaciens en 1914
(avec l'autorisation de l'auteur)
Il s’agit d’une carte postale envoyée par un nommé Robert Luttringer, un alsacien de la vallée de la Thur (Thann, St Amarin) alors qu’il se trouvait évacué dans le sud de la France durant la guerre 1914-1918. La destinataire est une amie ou parente Emma Wittler domiciliée à Fellering dans la vallée.
Lire la suite de l'article sur le site d'HISTOIRE ET GENEALOGIE : (cliquez sur le lien ci-dessous)
http://www.histoire
Merci à ceux qui pourront reconnaître d'une part les LIEUX où fut prise la photo publiée dans cet article, ainsi que ces hommes "évacués" Alsaciens !
PHOTO vraisemblablement prise dans le sud de la France.
Un grand merci à tous.
M.A.T.
02 novembre 2008
LES LIEUX DISPARUS DE LA VALLEE DE ST AMARIN
Certains anciens villages ont disparu dans notre belle vallée de Saint-Amarin et nous allons voir de quelle manière...
Nous les retrouvons indiqués, dans les actes de la vie de nos ancêtres, nous interrogeant, très souvent, sur les endroits où se situaient ces villages dont, aujourd'hui, la vallée ne garde en mémoire que quelques lieux-dits quelque peu évocateurs.
Gilles SIFFERLEN dans son ouvrage "la vallée de Saint-Amarin" en a répertorié quelques uns par ordre alphabétique les voici donc :
Coellm ou Kelm dont les archives parlaient encore en 1550 et qui, d'après une légende datant de 1724 fut même autrefois une véritable "ville". C'est le nom et la qualité que lui donne la "Thanner Chronik" (Chronique de Thann que nous avons déjà évoquée ici) et dans l'ouvrage de M. Straub page 22. Kelm est encore évoqué aujourd'hui sur Fellering comme lieu-dit.
Vogelbach : cette localité est aussi placée par M. Straub parmi les villages ayant disparu vers 1342. Voici en fait ce qu'il en est : situé près de Saint-Amarin, le village subit vers l'époque indiquée, le sort de la ville qui fut détruite par les Anglais en 1376 (guerre de 100 ans). Mais, comme la ville, le village disparu momentanément et fut relevé de ses ruines à force de courage des habitants. Il fut même, un moment donné relativement considérable pour que le Chapitre de Thann, dans un Mémoire au roi de France l'appelât "petit bourg" et "lieu de sa fondation originaire" (notes manuscrites de M. Hans page 56). Ce village forme un quartier du chef lieu de canton et est dans l'environnement de Goldbach-Altenbach.
Woll, en 1466 existait encore sur la région de Wildenstein autour du château. Le village, ou plutôt le hameau, fut incendié dans le courant de cette même année 1466 et il n'en restera que quatre ou cinq maisons qui, ensuite, furent abandonnées (même auteur M. Hans page 60 et 61). On l'appelait encore de ce nom de Woll un village situé au delà du Bramont sur la route de La Bresse et qui fut fondé par une colonie d'Alsaciens. Beaucoup de personnes fin XIXe début XXe donnaient encore ce nom à cette localité considérée comme Vosgienne.
A ces trois villages aujourd'hui quasi disparus, il faut ajouter un hameau n'existant plus du nom de Saint-Nicolas dans la vallée latérale entre ODEREN et KRUTH, ainsi qu'un autre village se situant entre Wesserling et Ranspach et qui avait pour nom WERSCHOLTZ.
Des actes datant de 1536 & 1537 font mention des habitants de ce val entre ODEREN et KRUTH. Dans le numéro 7 des privilèges accordés à cette époque par l'abbaye de Murbach au dernier tiers du val acheté par elle, on traite de la réglementation des cabaretiers et le val de Saint-Nicolas y est explicitement nommé.
Il n'y avait donc pas seulement des habitants, mais également, nous le constatons, des cabarets... preuve, s'il en fut, que nos ancêtres savaient également s'amuser...
D'après cela, il est permis de croire que les trois "Werschmatten", la haute, la moyenne et la basse, étaient habitées et que l'auberge qui a traversé les âges et qui s'appelle "Santisage" , fut anciennement une des auberges dont il est question..
GOLDBACH au dessus de SAINT AMARIN - VOGELBACH se situait dans le même environnement
M.A.T. d'après les écrits de Gilles SIFFERLEN "la vallée de Saint Amarin" chapitre XII localités disparues page 208 - 1909 - iconographie site Tschirret sur la vallée de Saint-Amarin
06 mai 2008
LA CHRONIQUE DE THANN Suite et fin
LE DEUXIEME VOLUME DU MANUSCRIT ENCORE INEDIT
En 1925, Chr. Pfister s'inquiétait dans la Revue d'Alsace, de savoir ce qu'était devenu le premier volume du manuscrit qui avait servi à la publication de la Chronique de Thann. Personne dans le monde savant alsacien ne pouvait répondre à la question : ce n'est qu'en 1938, avec la publication par Herzog de l'Inventaire sommaire des archives municipales de Thann antérieure à 1790, qu'on avait appris la vérité. Il avait été pendant la première guerre mondiale, grâce à la vigilence de la municipalité mis à l'abri dans les sous-sols de l'usine Scheurer Lauth et Cie avec les archives de la ville.
Elles y restèrent et avec elles le fameux parchemin, emballées dans des caisses pendant toute la durée de la guerre, oubliées et abandonnées après l'armistice et même lors de l'inondation de 1920 qui submergera les caves. Personne ne songera à retirer les archives de la ville d'un local complètement envahi par les eaux ! Ce n'est que 2 ans plus tard, en janvier 1922, à la demande de la direction de l'usine que ces archives furent reprises par la municipalité. Mais dans quel état !!! Une grande partie se trouvait racornie ou entièrement déterriorés, quantité de cahiers et de papiers étaient complètement décomposés et les deux respectables volumes in-folio (là se situe une erreur d'appréciation car le manuscrit de Tschamser, publié en 1865 en 2 tomes n'est composé que d'un seul volume et celui-ci en dépit de son triste état a été conservé aux archives) réduits à des masses informes de papier pourri.
En 1886, l'historien de la province franciscaine de Strasbourg, le P. Konrad Eubel, put signaler l'existence de la continuation du manuscrit de Tschamser. Le document se trouvait alors entre les mains de l'Abbé A. Frayhier curé de Guebwiller qui l'aurait découvert dans une maison paysanne du Haut-Rhin. Nous allons donc suivre la destinée du manuscrit à travers une époque dominée par l'anticléricalisme.
En 1875, il se trouva à Delle dans la maison des bénédictins qui avaient été chassés de leur couvent de Mariastein pendant le Kulturkampf soleurien. Le P. Joseph Haaby, de Blotzheim, neveu du curé Frayhier, l'y avait apporté.
Au début du siècle, les religieux furent expulsés de France en vertu des lois Combes. Ils trouvèrent un nouveau refuge au Gallusstift à Bregenz en Autriche. Le manuscrit de Tschamser les avait accompagnés en terre d'exil.
En 1941, l'avènement d'Hitler et l'Anschluss leur valurent une nouvelle expulsion et ce fut ... à Mariastein, point de départ de leur extraordinaire odyssée, qu'ils pouvaient se retirer après avoir réussi à sauver, une fois de plus, les trésors de leur bibliothèque : dont le manuscrit thannois.
Thann se mirant dans la Thur avec la Tour aux Sorcières (cliché ADHR 9 Fi 1159)
Le deuxième volume du manuscrit dans lequel les auteurs ont consigné ce qu'ils ont vu et vécu, présente, un plus grand intérêt et une plus grande garantie de véracité que le premier. Il comporte 491 pages et porte le titre de "Continuatio oder Fortsetzungen deren Annalium fratrum min.conv. Thann" . Il commence là où se termine le premier volume c'est à dire en 1701. Il est de la main de Tschamser jusqu'en 1742. A la date du 17 juin on lit que Malachie Tschamser s'est endormi en Dieu et a trouvé sa sépulture au milieu du choeur de l'église qu'il a rénovée. C'est lui qui a composé en deux volumes depuis 1182 jusqu'en 1742 ces annales que Fr. Firmin Roost, doyen du couvent de Thann, va maintenant continuer. P. Roost restera en poste jusqu'en 1749. Le P. Oswald Montfort - l'auteur de la PETITE CHRONIQUE DE THANN - assurera la relève pendant 30 années. Après son décès, survenu en 1779, la charge de continuer les annales fut assumée par plusieurs autres écrivant tantôt en latin, tantôt en français ou en allemand, jusqu'en 1784 où le texte s'arrête brusquement.
En 1766 parut chez Decker à Colmar un opuscule de 96 pages in-8°, "la Petite Chronique de Thann". Son titre allemand est "Kleine Thanner-Chronik Oder Jahr-Büchlein von dem wunderbalichen Ursprung, Aufkommen und heutigem Zustand einer Löbl. in dem Obern Elsass oder Sundgau, an einem guten ReebGebirg und Pass in das Lothringen, gelegenen Stadt Thann. In drey Theil vorgestellt von einem P. Franciscaner in dem Oberen Closter allda".
Le franciscain anonyme est le P. Oswald Montfort qui a continué la chronique commencée par Tschamser et qui décèdera presque nonagénaire en 1779.
Il présentait ainsi modestement sa petite chronique :
"Le 9 décembre 1766 j'ai reçu de Colmar le premier cent de mon opuscule dont l'impression a été autorisée par le procureur général et qui porte le titre Kleine Thanner Chronique ou Annales. J'ai commencé à en distribuer soit comme cadeau, soit contre paiement. Pas un seul des membres du magistrat en a reçu un en hommage car la plupart et des plus distingués n'ont pas voulu autoriser l'impression bien que j'aie soumis à leur censure et à leur correction tout le texte pendant toute une année. Dès le début et jusqu'aujourd'hui où la chronique est connue en ville, ils n'ont jamais pu objecter quelque chose. Ils ont seulement dit que ce ne sont que des pauvretés (en français dans le texte allemand) et des naïvetés. Aujourd'hui, ils n'ont plus le droit de dire quelque chose. Aucun de ceux qui l'ont eue en mains ne l'a critiquée, tout au contraire !"
Cette petite Chronique est entièrement consacrée à Thann. Le P. Montfort qui connaissait l'Alsatia Illustrata de Schoepflin a extrait des annales, l'essentiel des notices concernant la cité, les complètant, les rectifiant, les mettant à jour tout en entretenant avec ses lecteurs un dialogue plein de bonhomie.
Par les soins de Ch. Gérard et J. Liblin la PETITE CHRONIQUE devenue extrêmement rare, fut rééditée en 1855 chez JP Rissler à Mulhouse. Les Editeurs, à cette époque, ne connaissaient pas le nom de l'auteur pas plus que ne l'avait connu J.B. Merklen qui avait commencé, en 1850, à publier une traduction française dans la Feuille d'annonces et avis divers de Thann. Le texte français, accompagné de notes, s'arrêta, après une quinzaine de suites, avec l'année 1442 (Feuille d'annonces de Thann des 13.4. et 15.9.1850).
N'oublions pas non plus des manuscrits de la Chronique : un registre appelé "Beilage zur Thanner Chronik das Togebuch der Guardianem enthaltend" (Supplément de la Chronique de Thann contenant le journal des gardiens). Il est conservé sous la cote Ms 831 du catalogue des manuscrits à la BN et Universitaire et provient de la Bibliothèque de l'abbé Zimberlin mise en vente en 1886. Englogant les années 1701 à 1755 ce registre a été longtemps considéré comme la continuation de la chronique de Tschamser, mais il n'en est rien. Emanant de plusieurs gardiens le texte est composé pour moitié en latin, pour moitié en allemand.
Ajoutons que le Notaire Ch. Scholly, l'auteur de l'Histoire du chapitre de Thann publia de très intéressants extraits relatifs au passé local dans une série de 25 feuilletons parus dans la Thanner Zeitung entre le 17 novembre 1906 et le 17 mai 1907, voici donc plus d'un siècle.
La BN.U. possède outre le "Beilage" un autre volume de manuscrits d'origine thannoise figurant dans le catalogue sous la cote Ms 3660 avec le titre trompeur de "Chronique du couvent des Franciscains de Thann".
En réalité il s'agit d'un recueil factice de 204 feuillets composés de notes de tout genre et inventaires divers, copies de lettres etc... en plus de fragments de registres protocoles laissés par les Gardiens - on y trouve aussi l'ébauche d'une chronique commençant en 1360 rédigée, dans la première partie, de la main de l'infatigable Tschamser. Le récit s'arrête en 1770 pour reprendre quelque peu en 1789 où est relatée la suppression du couvent et son acquisition par le "Salzherr Mirandin" (Nicolas Marandet ci-devant receveur des sels du roi) et sa transformation en usine par des calvinistes de Neuchâtel qui, ont fait démolir, immédiatement la "belle et grande église". La dernière page donne les noms des pères et frères laïcs formant la communauté au moment de la suppression du couvent.
L'ouvrage fut acquis en 1915 par le Chapitre Saint-Thomas du Regierungs-und Schulrat Dr Bruno Stehle qui de 1882 à 1885 avait enseigné comme Oberlehrer au collège de Thann.
Signalons encore la courte chronique du monastère due au gardien Joachim Lang (1500-1612) écrite en latin et allemand et conservée aux Archives départementales de Colmar.
Un grand merci à Joseph BAUMANN pour ce récit plein d'enseignements.
M.A.T.
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30 avril 2008
LA CHRONIQUE DE THANN
Habent sua fata libelli...
Joseph BAUMANN (ancien Archiviste-Historien de la ville de Thann) dans l'ANNUAIRE de la Société d'Histoire des régions de Thann-Guebwiller nous présente la Chronique de Thann de Malachie Tschamser tout en regrettant que peu de gens la connaissent vraiment en dehors des cercles de chercheurs ? Il pose la question suivante : qui l'a déjà lue, parcourue ou utilisée ?
Tout d'abord qui était Malachias (ou Malachie) Tschamser ? En fait le plus connu des Chroniqueurs, se trouve être en réalité : Antoine Tschamser un authentique Thannois né le 12 août 1678 qui fréquenta l'école des franciscains de sa ville natale avant d'entrer en novembre 1695 au noviciat de Lucerne où il reçut son nom de religion Fr. Malachias sous lequel il devait s'illustrer. (Cf.J.Baumann Malachias Tschamser und seine Grosse Thanner Chronik.Zum 200. Jahrestag des Chronisten, in Mülhauser Tagblatt 18.1.1942).
De retour à Thann il se fit rapidement connaître et apprécier comme prédicateur et confesseur. En 1722, il fut désigné pour prendre la succession du père gardien Ursus Glutz, originaire de Soleure qui, parce que Suisse, donc non sujet du roi, dut se démettre de ses fonctions. A partir de cette époque, Tschamser sera encore huit fois élu gardien, la dernière fois en 1739, trois années avant sa mort.
En 1726, il fut nommé commissaire ou visitateur et définisseur de la province franciscaine (La "Provincia argentina" comprenait alors les "custodies" Alsace, Bâle, Souabe etc.. Le couvent de Thann faisait partie de la custodie de Bâle).
En cette qualité, il eut à mettre de l'ordre dans les affaires du couvent des frères mineurs à Haguenau (G.Gromer. Die Geschichtsschreibung der Stadt Hagenau. i.Els.bis um 1850. Haguenau 1913) . Par la suite, il y exerçait la charge de gardien d'avril 1727 à octobre 1729. Comme gardien à Thann il eut à coeur de construire à neuf le monastère. Il mourut le 17 janvier 1742 "emportant sous terre" le titre de second fondateur du couvent" (Inscription du décès dans le journal du gardien Arbogast Antony sous 1742 "Den 17 starbe R.P.B. Malachias Tschamser ein Couvents Kindt, ein Mann beliebt bey gott un den Menschen. Ein mann dem unser gotteshauss höchstens verpflichtet ist. dan dass closter er gantz neuw gebauwen und die Kirche so erneuwert. dass gleichsam den Nahmen eines anderen Stifters er under die erden getragen. R. in pace".
Petite Chronique de Thann (page de titre)
LE PREMIER VOLUME DU MANUSCRIT DE LA CHRONIQUE (1182-1700)
Tschamser était passionné par l'écriture. Avide de tout savoir, de tout noter, d'une curiosité hors du commun pour tout ce qui dépassait l'entendement, il avait l'âme du chroniqueur de jadis. Non content de consigner pour l'avenir les évènements qui tissaient le présent sous ses yeux, il conçut l'idée ambitieuse d'écrire les annales de son ordre, de son couvent, de son pays, des pays voisins, de sa province, de sa ville. Et il se mit à puiser sans vergogne dans toutes les chroniques, tous les ouvrages d'Histoire, dans les protocoles écrits par ses prédécesseurs dans les archives du couvent et de la ville. Comme nous aurions eu envie d'être les amis de cet homme là qui touchait ainsi des doigts et des yeux l'Histoire même tracée sur les vieux grimoires... Le résultat de ce patient furetage à travers les siècles fut un imposant in-folio manuscrit dont il forma un premier volume de 915 pages allant de l'année 1182 jusqu'en 1700. Il lui donna le titre ci-après, les mots Annales et Jahrs-Geschichten joliment dessinés et réhaussés de rouge :
"ANNALES oder Jahrs-Geschichten der Baarfüseren oder Minderen Brüdern S. Franc. ord.insgemein Conventualen genannt, zu Thann. In welchem der Ursprung und Anfang. Auf-und Abnahm, wie auch die Reformationes des heiligen Seraphischen Ordens sancti Francisci, und zugleich die Anfäng und Abtheilung der Clösteren unserer Strasburgischen Provinz; item was sich sowohl in-als ausser dem heiligen Orden hin und wieder in der Welt, absonderlich im Ober und Untern Elsas zugetragen, ordenlich beschriben und verfasset wird. Auss verschieden Manuscriptis, Prothocollis. Archiven sowohl des Convents daselbsten als der Provintz Chronique, und anderen Scribenten und Geschichtschreiberen oder Historicis zusammen getragen, und in vier Bücher oder Tomulos abgetheilet, eingerichtet und beschrieben, durch P.F. MALACHIAM TSCHAMSER Ord. Min. Conventualium p.t. Guardianum Thann. Commiss. Provincialis et Diffinit. M.D.CC.XXIV "
Ce qui veut dire : Annales ou Chroniques des Frères déchaussés ou frères mineurs de l'ordre de St-François de Thann, appelés communément les Conventuels, contenant la relation de l'origine, des progrès, de la décadence et les réformes du St Ordre séraphique de St-François de même que le récit du commencement et des subdivisions des couvents du diocèse de Strasbourg (il faut lire : de la province de Strasbourg) et où se trouve, en outre, consigné, non seulement ce qui s'est passé dans le dit ordre, mais ce qui s'est encore passé par ci, par là, dans le monde, principalement dans la Haute et Basse Alsace, le tout extrait de divers manuscrits, protocoles et archives par P.F. Malachias Tschamser, de l'ordre des Frères mineurs. 1724. Registre de 915 pages copié à la main. Couverture en cuir" (A.M. DIII/3° Thann)
Infatigable, il poursuivit sa tâche dans un second volume qu'il rédigea jusqu'au jour où, en 1742 la mort lui arracha la plume. Le Fr. Pirmin Roost, senior du couvent, la ramassa pour continuer courageusement l'oeuvre de Fr. Malachie.
Vint la Révolution. Le couvent fut supprimé en 1790. Avec ses meubles et immeubles, il devint propriété de la Nation. Les moines furent expulsés.
Que devinrent les manuscrits et les livres de la Bibliothèque (A.D. COLMAR H.A.IO. Catalogue des livres de la Bibliothèque du monastère des Cordeliers de Thann)
Le 12 juillet 1791 le maire J.Th. Bischoff, fit apposer les scellés à la Bibliothèque (A.D. L 803) Un an après, le 17 juillet 1792, Antoine Miesch, nommé commissaire par le Directoire du district de Belfort (dont Thann dépendait depuis 1790) et chargé de dresser l'inventaire dut constater que les scellés avaient été arrachés et les portes forcées par les gardes nationaux qui avaient cantonné à Thann. Il ne restait "qu'une sorte de rebut d'anciens auteurs classiques et de morale" dont Miesch jugea inutile de dresser l'inventaire. "Nous n'avons trouvé aucun manuscrit ni ancien ni moderne, ni d'autres livres précieux" écrivit-il (A.D. H A 10).
Encore une année plus tard, le 20.9.1793, la municipalité fut avisée par l'administration départementale de Colmar que les bibliothèques des cordeliers et des capucins n'étaient "ni soignées, ni surveillées quoiqu'il s'y trouvent des auteurs classiques et des anciennes chroniques dont les éditions sont rares et recherchées". Le district fut invité d'en faire le transport à Belfort (La bibliothèque municipale de COLMAR qui, à la Révolution aurait dû hériter des livres des couvents supprimés ne possède aucun ouvrage des franciscains de Thann. Ce qui est resté des archives se trouve aux A.D. de Colmar cité administrative)
A ce moment les "manuscrits anciens" dont le commissaire Miesch avait constaté la disparition dans la bibliothèque exposée au pillage se trouvaient, évidemment, depuis longtemps en lieu sûr, certainement depuis le jour où les moines savaient qu'on les chasserait de leur maison conventuelle.
En lieu sûr nous dit J. BAUMANN ?? mais chez qui ?? Apparemment personne ne s'inquiétait de le savoir, ni pendant, ni tout de suite après les troubles révolutionnaires. Or, en 1847, provenant de la succession de l'abbé Salzmann originaire de Rixheim, le 1er volume du manuscrit tomba entre les mains de l'abbé Georges Zimberlin, ancien directeur en second et bibliothécaire du Grand Séminaire, savant collectionneur d'alsatiques, alors aumônier de la prison d'Ensisheim.
J.B. MERKLEN secrétaire général de la mairie de Thann, rédacteur-fondateur du premier journal local la "Feuille d'annonces et avis divers de Thann et Cernay" en eut vent ! Par l'entremise du notaire cernéean I. INGOLD, autre "antiquaire" bien connu, il essaya de suggérer à l'abbé Zimberlin de faire imprimer le manuscrit promettant d'ouvrir une souscription pour trouver des acheteurs. L'abbé n'en voulu rien savoir ! Il fit dire à J.B. MERKLEN qu'il ne pouvait se déssaisir du manuscrit, étant occupé en ce moment précis d'un ouvrage en plusieurs volumes sur la ville de Thann et sur l'Alsace (Cf. Fr. Kurtz - Revue d'Alsace 1865 p.187) "Mon premier volume paraîtra encore cette année" écrivait-il en 1847.
L'abbé ne réussit pas à réaliser ce programme ambitieux tout en ne cessant de copier des extraits, classés par matières, de son précieux manuscri. Après avoir été curé d'Orschwihr de 1847 à 1860, il fut nommé dans la petite paroisse de Biederthal en 1860. C'est à la même époque qu'il changera d'attitude pour entrer dans les vues de J.B. MERKLEN qui avait gagné à sa cause le maire de Thann J.Willig. En juin 1860, fut conclu un accord entre la municipalité et l'abbé qui consentit à céder son manuscrit à la ville de Thann à condition que celle-ci ferait imprimer soit en I volume d'environ 600 pages in-8° dans lequel ne figureraient pas "les excursions de l'auteur dans l'histoire générale", soit en 2 volumes petit in-8° sans suppressions.
Le 14 juin 1860, à l'occasion du vote du budget, le maire exposa les conditions de l'accord sur quoi le conseil municipal pris une délibération qui rendait hommage au prêtre conservateur le nommant même de "savant ecclésiastique" et vota dans son ensemble l'achat du manuscrit.
Ce dernier fut donc restitué après bien des difficultés auxquelles se heurta la mise en oeuvre de la publication. Ce fut, semble t'il un laborieux enfantement... il dura 4 années. Pendant ce temps les deux principaux artisans de l'opération le maire J. Willig (1863) et J.B. Merklen (1864) quittèrent la scène, emportés par la mort. L'abbé Zimberlin, finalement, restait seul à maintenir le contact avec l'imprimeur Hoffmann de Colmar et à corriger les épreuves.
C'est sans doute lui qui avait fourni à l'imprimeur une copie du manuscrit, l'original ne pouvant être confié aux mains du typographe tout professionnel qu'il fut. Il était prévu de placer en tête de chaque tome une illustration. Mais le croquis de "l'église de Thann avant la Révolution" livré par Rothmüller ne récolta que les critiques des autorités thannoises qui conseillèrent à l'artiste, alors sur le point de mourir, de s'inspirer de la litho parue dans l'ouvrage de Golbéry. C'est finalement une lithographie de Simon de Strasbourg qui fournit les deux planches envisagées "L'église de Thann en 1820" et "Thann au XVIIe siècle" !
La belle collégiale de Thann (vue ancienne)
A un moment donné, il était question d'une continuation de la chronique pour laquelle l'abbé Zimberlin avait déjà assemblé des matériaux tirés sans doute du manuscrit "Beilage zur Thanner Chronik 1700-1755" dont il avait fait copie et qui devait former le 3ème tome. Le successeur du maire Willig, A.Henriet, promettait de faire extraire des archives de la ville des documents "dignes d'y figurer".
Fin 1864, après 4 années d'attente fut enfin réussi la sortie prévue des deux tomes prévus à l'origine. Désormais les Annales des franciscains appelées "La Chronique ou la Grande Chronique de Thann" étaient à la portée du public comme des érudits. Pourtant, le public ne s'en montra guère intéressé... Deux ans après sa mise en vente n'étaient pas encore placés 50 exemplaires sur les 500 prévus. En 1866, le maire expliqua au conseil municipal que l'ouvrage en lui-même n'offrait pas un grand intérêt local et que sa rédaction en langue allemande était une cause de l'éloignement des lecteurs. Sur quoi, dans le but d'accélérer la vente, le conseil décida d'en abaisser le prix de 12 à 6 francs !
Pourtant la presse félicitait la municipalité pour cette parution considérant la valeur historique de l'ouvrage. MAIS, il y avait unanimité aussi ou presque pour contester l'intérêt historique et littéraire de l'ouvrage.. !! L'Archiviste de Strasbourg L. Spach reconnaissait lui-même que "la Chronique était un véritable "pot-pourri"... un amas de renseignements météorologiques, agronomiques, politiques, historiques, un pandaemonium où les nouvelles de quelques procès de sorcelleries et de l'exécution de quelques pauvres diablesses viennent se croiser avec les nouvelles de la température et des produits de l'année... " L'auteur avoue " Le moine de Thann m'est profondément antipathique parce qu'il n'a pas la fibre humanitaire."
Heureusement, X. Moosmann, Archiviste qui lui succéda aux Archives de Colmar, était un peu plus indulgent pour Tschamser en quoi il rejoignit l'abbé A. Merklen (professeur au collège libre de Colmar) qui avait préfacé les Annales. "La Chronique écrivait-il, a conservé au plus haut point l'empreinte de l'auteur ainsi que celle du temps et du milieu où il vivait".
à suivre......
M.A.T.
Sources : Annuaire de la Société d'Histoire des régions de Thann-Guebwiller XIII - 1979-80 - page 11 à 22 Les curieuses destinées des manuscrits de la Chronique de Thann par Joseph BAUMANN.
25 août 2007
Les Ruines du SCHLOSSBERG
Enfouies sous la verdure surplombant le barrage de KRUTH WILDENSTEIN, il faut y regarder de près pour distinguer ce que fut cette majestueuse forteresse qui dressait fièrement ses tours de guet au dessus de la haute-vallée de la Thur. Une très solide construction datant sans doute des 14è et 15è siècles. Des analyses auraient même prouvé l'emploi de lait dans la préparation du mortier (L'Alsace 29.8.1979).
Restes de quelques objets retrouvés dans l'enceintre du château Musée SERRET St-Amarin
(photo Archives ASS.I.F.ARNOLD M.A.T.)
cliquez sur la photo pour entrer dans le site du château de Wildenstein
Il fut également prétendu que les constructeurs de la Collégiale de Thann utilisèrent du vin du Rangen dans ce même but ! légende ou vérité ?
Précédant la guerre de trente ans, nous ne connaissons pas grand chose de l'occupation de la forteresse, mais son existence fut à l'origine de nombreux malheurs qui s'abattirent sur la population de la vallée, surtout pendant la seconde partie de la guerre de trente ans contre les Suédois.
La forteresse sera propriété depuis 1536 des Maisons de FERRETTE et d'AUTRICHE, ensuite d'un WALDNER de FREUNDSTEIN et de Jean de BOLLWILLER. L'abbaye de MURBACH fit occuper le château en 1632 par une garnison de plus de 100 hommes d'armes principalement originaires de GUEBWILLER.
En 1633, les Suèdois arrêtés par les Impériaux à FELLERING après avoir dévasté SAINT-AMARIN, s'estimant incapables de tenir le château-fort, l'abbaye en confia la défense aux Lorrains alliés de l'Empereur germanique qui y placèrent 600 hommes sous le commandement du Colonel CHARROY. Puis par crainte des Suèdois, les défenses en furent promises aux Français alliés de ces mêmes Suèdois. Après un siège de 3 mois, les Lorrains assaillis par les troupes du colonel de la BLOQUERIE rendirent la forteresse avec les honneurs de la guerre le 9 août 1634.
Les villages de la vallée pendant toutes ces tractations ne connurent pas pour autant la tranquilité. Ils étaient dévastés à leur tour par les Lorrains et même les Espagnols. Le colonel de la BLOQUERIE, nouveau Gouverneur, pressura la malheureuse population de tous côtés. Son chef, le Maréchal CAUMONT de la FORCE ne s'occupait guère d'empêcher ses alliés Suèdois de poursuivre rapines et autres exactions de toute sorte.
Visite du SCHLOSSBERG en 1981 de la première équipe de travail ASS.I.F.ARNOLD on aperçoit à gauche l'entrée du château
photo M.A.T.1981
L'année 1634 fut d'ailleurs la pire que connurent nos ancêtres. Toutes interventions du seigneur abbé de MURBACH, à l'époque TSCHUDI de GLARUS furent vaines. Relevé de son poste, en novembre 1634, LA BLOQUERIE ne quitta les lieux qu'avoir pillé et dévasté la vallée.
A la demande de l'abbaye, les Lorrains s'emparèrent donc du château par surprise en mars 1635. Un détachement provenant de Thann se rendit à la BRESSE par le col de Bussang et traversa le massif du Ventron en débouchant par le col du Bockloch. Les Lorrains fondirent sur le château qu'ils prirent d'assaut en bénéficiant de la complicité d'un serviteur de l'abbaye qui connaissait très bien les accès. Selon la légende, le commandant de la garnison française aurait été précipité du haut de la paroi rocheuse dans le vide.
Les Lorrains furent alors les maîtres du château pendant près de dix ans ne se comportant pas mieux avec la population que leurs prédécesseurs. En 1637 cependant un assaut sera livré par les Impériaux de Bernard de Saxe-Weimar mais échoua.
En 1644 sonnera l'heure de la destruction du SCHLOSSBERG. Grâce à l'appui des Français, les Suèdois s'étant rendus maîtres de la Haute-Alsace, ils purent s'emparer du château de Kruth-Wildenstein. Ils acheminèrent des canons de nuit sur les hauteurs avoisinantes dont les roues furent entourées de chiffon pour ne faire aucun bruit et sur un chemin recouvert de paille et l'effet de surprise fut total. Une autre légende rapporte que le premier boulet arracha une cuillère des mains du commandant Lorrain !
Le 7 avril de cette même année, la garnison abandonna le château dont une grande partie fut détruite par une explosion. La date exacte de la destruction complète n'est pas connue, nous savons qu'en 1693 les rares habitants ayant survécu de la famine et au massacre allaient chercher des pierres pour reconstruire l'église d'ODEREN qui avait été détruite en 1673 par les Lorrains.
Aujourd'hui des bénévoles oeuvrent pour redonner à ces ruines un visage plus accueillant et plusieurs murs ont déjà été remontés grâce à leur travail de chaque instant.
M.A.T. (sources : Article du 29.8.1979 Journal l'Alsace et archives ASS.I.F.ARNOLD)
Pour se rendre au Château :
Château de Wildenstein
68820 Kruth
OFFICE DE TOURISME
81, rue Charles de Gaulle - B P 2, 68550 SAINT-AMARIN
tél. 03.89.82.13.90 Fax : 03.89.82.76.44
Email : contact@ot-saint-amarin.com
23 mai 2007
La majestueuse collégiale de THANN
LA COLLEGIALE SAINT THIEBAUT,
JOYAU DE NOTRE VALLEE DE LA THUR
Qui ne s'est pas extasié en franchissant la porte de la ville de THANN devant l'élégante silhouette qui se dresse à l'entrée de la vallée de la Thur... On peut se demander comment une petite ville de faible importance comme l'est THANN, peut posséder un tel joyau ? Deux faits peuvent expliquer cette élévation : sa position géographique sur une route qui, au Moyen-Age reliait la Flandre à l'Italie et le développement de son pélerinage.
Les origines de THANN remontent à une légende poétique qui rapporte qu'en l'an 1160 mourait à Gubbio (Ombrie en Italie), l'évêque THIEBAUT. Ayant distribué toute sa fortune aux pauvres, il avait promis à son serviteur d'origine Lorraine, de le dédommager en lui donnant après sa mort sa bague épiscopale. Cependant, après la mort de l'évêque, en voulant retirer l'anneau, le serviteur lui arracha le pouce droit. Il plaça le tout dans l'alvéole de son bourdon (bâton de voyage) et, après avoir traversé les ALPES, il arriva en 1161 à l'emplacement actuel de l'église couverte alors de sapins.
Adossant son bâton à l'un d'eux, il s'endormit. Au moment de reprendre sa route, à son réveil, il constata avec effroi que son bâton était comme enraciné dans le sol. Dans le même temps, le comte de FERRETTE, Seigneur du château de l'ENGELBOURG dont les ruines dominaient déjà de la ville, vit trois lumières au-dessus de l'arbre. Le pélerin lui expliquera alors, qu'il était porteur d'une relique de THIEBAUT. Le Seigneur vit dans ce prodige la volonté de Dieu. Il promit donc de bâtir une chapelle et aussitôt, dit la légende, le bâton se détacha.
En souvenir de cette légende on brûle tous les ans, au soir du 30 juin, trois sapins sur la place de la collégiale, fête qui sera appelée la CREMATION DES SAPINS.
L'ENGELBOURG sur la hauteur de Thann et la magnifique collégiale vers 1610 ainsi que la porte principale de la ville où l'on aperçoit à droite la TOUR DES SORCIERES tour des fortifications de la cité
Thann se développera rapidement et en 1290 sera élevée au rang de ville, entourée de solides remparts, comme on peut le voir sur la gravure ci-dessus, dont il ne reste aujourd'hui que deux tours, celle des Sorcières et celle des Cigognes non visible sur cette représentation et se trouvant à la sortie de la ville actuelle sur la N66.
De nombreux miracles attribués à Saint-Thiébaut amenèrent une foule considérable au 14è siècle et c'est pourquoi il est toujours représenté ayant à ses côté deux pélerins, un homme et une femme en costume de voyage.
La collégiale est orientée vers l'Est et à la particularité d'avoir un choeur aussi long que la nef, sans avoir de transept pour les séparer. C'est là une coutume relative aux églises rhénanes comme celle d'ULM avec laquelle, elle possède de nombreux points communs.
Le choeur est composé de trois travées se terminant par un chevet polygonal érigé entre 1351 et 1423 et était réservé au chapitre des chanoines d'où la dénomination de collégiale. La nef, avec ses quatre travées servait d'église paroissiale. Le bas-côté Sud est irrégulier, la chapelle St Thiébaut empiète sur la quatrième travée et la chapelle de la Vierge constitue une véritable excroissance. On y rencontre trois formes de style gothique: primitif au Sud, rayonnant pour le choeur et la nef, et flamboyant pour le bas-côté et la tour.
Façade Ouest datant de 1342-1498 GRAND PORTAIL (photo Brigitte Lichtenberger ASSIFARNOLD tous droits réservés)
La constructions de la collégiale s'est étendue sur deux siècles, mais c'est en 1287 que l'on trouve la première mention d'une église dédiée à Saint-Thiébaud à THANN. Dès le premier tiers du 14è commencement de l'église par le bas-côté sud tout en maintenant le clocher dont le rez-de-chaussée (chapelle St-Thiébaud) servait de choeur. En 1351, c'est le début des chantiers du choeur qui sera terminé après 1423 et de la tour achevée en 1516. De 1430 à 1492 édification du bas-côté nord, puis en 1495 c'est la finition de la nef. De 1629 à 1631 sera construit la chapelle de la Vierge.
Deux superbes iconographies de Thann
La collégiale possède de remarquables vitraux dont huit verrières hautes de 15 mètres qui inondent le choeur de reflets multicolores : vitrail de la création et de l'histoire de nos premiers parents Adam et Eve - les dix commandements et les prophéties messianiques - la vie publique du Christ - la passion du Christ, sa résurrection, son ascension, la Pentecôte - la vie de la Vierge et les miracles de Saint-Thiébaut, vitrail composé de 6 médaillons éxécuté avant 1470 - un vitrail dédié à Sainte-Catherine (don attribué à Catherine de Bourgogne) - et enfin Sainte-Odile patronne de l'Alsace et en au dessus Saint-Thiébaud.
Cet édifice démontre comment la conjugaison d'une légende, d'un pélerinage important et de la situation géographique des lieux, a pu produire un tel édifice majestueux, le joyau de la vallée de la Thur.
L'orgueil des Thannois se traduit par ce dicton populaire : " le clocher de Strasbourg, c'est le plus haut... Celui de Fribourg le plus gros... Mais celui de Thann est le plus beau" .
M.A.T.
Sources : Collégiale de Thann par René KIRNER - dépôt légal n°370 4è trimestre 1977 - Combier imprimeur Mâcon 2è édition don d'A.Ganter à notre association 1980.
24 avril 2007
Pour continuer avec les lieux-dits de la haute vallée de la Thur
TOPONYMIE DE FELLERING et de ses environs
" Ecartelé, au premier de gueules à la bande d'argent chargée de trois cloches de vair, au second d'or à trois sapins sur un mont, le tout de sinople, au troisième d'argent au lévrier de sable, colleté et bouclé de gueules, au quatrième d'azur au héron d'argent debout sur une terrasse de sable ".
" De gueules à la bande d'argent chargée de trois cloches de vair " était le blason de la famille de Veldelingen (ancien nom de Fellering) originaire de Saint-Amarin, éteinte au XV° siècle, qui avait des possessions à Fellering. Les " sapins " évoquent la forêt communale, le " lévrier " est celui de l'abbaye de Murbach dont le territoire comprenait Fellering jusqu'à la Révolution. Quant au " héron ", il rappelle la présence de cet échassier dans la tourbière du lieu. (site de la ville de FELLERING - BLASON)
Le nom de FELLERING, est un exemple très intéressant de "rhabillage trompeur" par les Clercs et de leurs erreurs phonétiques... En effet, en 1357, le village est inscrit comme VELDELINGEN, déformation de VALTININGEN car en Suisse, près de ZURICH, les clercs ont respecté dans le même toponyme la prononciation locale en écrivant en 831 : VALTININGEN..
Les noms de lieux en "INGEN" sont très anciens. Ce suffixe collectif désigne une fondation créée par un clan dont le chef lui donnait le nom. A VALTININGEN en Suisse, comme VALTININGEN en Alsace, ce chef s'appelait "VALTIN" contraction de VALENTIN, nom assez répandu dans les région Alpines en souvenir de SAINT VALENTIN qui était vénéré comme patron des Agriculteurs et des Eleveurs.
Comme ceux de VALTININGEN en Suisse, les fondateur de "FALLRI" s'établissent au 9è siècle et font de SAINT VALENTIN le second patron de la paroisse de SAINT AMARIN, alors la seule paroisse de la vallée jusqu'au 15è siècle.
Encore de nos jours, le nom de VALTIN est assez répandu parmi les habitants de la vallée, prononcé "Fàlte" et "Fàltine" .
Le Vàltiningen en Suisse était devenu avec le temps Valtalingen..
Celui d'Alsace s'écrivait en 1416 VELDINGEN prononcé en dialecte VALDINGEN. On rectifiait ainsi la prononciation "VELDELINGEN" de 1357. En 1416, on a VALDINGEN mais en 1550 dont très tard apparaît curieusement FELDRINGEN !
Un scribe ignorant l'origine authentique de VALDINGEN a arbitrairement altéré ce nom et imaginé FELDRINGEN voulant y mettre un sens et désigner ainsi un village cerné de champs, ou Feldring ! C'était archi-faux et en 1575, déjà on a corrigé cette altération par FELLERING, prononcé "Fàllering" avec l'adjectif FALLRINGER.
Le beau village de FELLERING vers 1900
et aujourd'hui
le village n'a guère changé (photo Paul LUTTENBACHER)
WESSERLING Ce toponyme doit dater aussi du 9è siècle. Le nom du chef de cette colonie, de ces "ingen", devait être "Wàsserl", un composé de "Wàzzo" abrégé "Wass" : vaillant et d' "ERL" qui signifie : noble. Wasserl veut donc dire : vaillant noble ou noble vaillant : WASSERL INGEN a été inscrit faussement WESSERLING mais c'était toujours prononcé WASSERLINGEN et finalement WASSERLING.
Ce toponyme ne peut venir de "Wasser" : eau - aussi le dictionnaire de Dauzat-Rostaing fait de WASSER BURG : le château de Wàzzo ou Wàsso.
WESSERLING et ses usines de tissage vers 1900
COELMEN : est cité dans un document daté de 1550 comme étant une annexe de FELERING. Cet habitat semble bien plus ancien que le village lui-même. Il existe au moins une quarantaine de commune de ce nom données par Dauzat-Rostaing et beaucoup se trouvent d'ailleurs dans les Vosges. Il s'agirait d'un lieu pierreux provenant de la racine "KAL" et il est situé au bas de la moraine du lac d'Urbès et près du confluent du Seebach et de la Thur. KOELMEN a donc le même sens que les lieux appelés STEINEN et STEIN en SUISSE et était probablement un relais de la voie celtique menant de la vallée de Saint-Amarin à l'autre versant des Vosges.
GISSLEN : En amont du cimetière, au bord de la Thur, se trouvent les "Gisslen". Ce terme provient de "GIESSEN" = GUSS. Dans la vallée on appelle l'inondation "eine glisse". Les Gisslen seraient donc des terrains déjà inondés par une petite "Gisse"
KASTELAECKER : Entre FELLERING et ODEREN se trouvent ce lieu qui sont des champs au pied du monticule autrefois appelé KASTELBERG sur lequel il y avait un refuge fortifié un "Kastell" et qui est désormais un grand calvaire surmontant la hauteur.
SCHLIFFELS : Ce lieu veut dire "rocher glissant" : lisse "Schliffig" A ODEREN, il y a vis à vis du BÄRENBERG un rocher appelé "Glatte Fels" ..
STICKLRAIN : Ce lieu était autrefois une pente, un "RAIN" couvert d'un taillis qui fournissait des "Stickel", des échalas, des rames ou "Bohnestàke".
TALHORN : le Talhorn est la pointe de la vallée
RAMERSBACH : c'est le ruisseau des corbeaux : Ram = Rabe
PFENGMATT : ce nom vient de Fennematt c'est à dire une prairie humide.
KAESMATT : une déformation de Kiesmatt qui est un pré gravilloneux.
SIEBACH : nommé également NASEBACH ou NASIBACH en 1571, est un torrent venant d'un nez ... C'est à dire : une saillie de la montagne au dessus de FELLERING.
TULLBERG : c'est une tautologie, car Tull en gaulois veut dire BERG soit montagne
DRUMONT : prononcé "troumong" dans la vallée est la traduction de LOCHBERG. Le Loch est le ravin très abrupt dévalant de la crête à la chaume du LOCHBERGEL.
STRESSEL : désigne une petite route autrefois à peine carrossable allant de Kruth à Ventron et qui fut élargie entre 1840 et 1845.
PLAETTMATT : ce nom vient de "plätten" qui veut dire rendre plat : aplanir. Cette grande prairie fut aménagée pour être inondée en hiver et forme une patinoire idéale..
A mi-chemin vers le Rammersbach il y a le PLANSCHENWASEN dont le nom vient de Planschen soit planches et indique un sommet plat. Il y a également un PLANSCHEN à GOLDBACH. Egalement un versant boisé appelé le BATSCHINAWALD : ce terme est une adaptation du mot allemand "FASCHINE" qui fut formé du latin "fascina" signifiant un fagot. Il était permis dans ce bois, de ramasser le bois mort en fagots. Tout au fond du RAMMERSBACH se trouve à droite le VORGOTT - ce nom Vosgien désigne une source et un terrain humide.
FELLERING - le RAMERSPACH au pied du DRUMONT vers 1914-18 collection H. Dierstein
sources : Les noms des lieux et des lieux-dits dans la vallée de SAINT AMARIN par Fr Joseph PETER Prêtre de BITSCHWILLER - iconographies collection ASS.IF.ARNOLD photo P. LUTTENBACHER - Collection Hervé DIERSTEIN
11 avril 2007
Les lieux-dits de KRUTH village de notre parentèle
Toujours d'après le Frère Joseph PETER (1979)
Le village de Kruth est inscrit depuis 1343 comme GEREUTH et en 1374 comme GERÜTE puis au 17è siècle GRUT qui deviendra KRUTH que l'on prononce KRIT...
date de 1980
D'or, à la terrasse ondée d'argent à deux fasces ondées d'azur, portant un mont de sinople surmonté d'une tour crénelée de gueules accostée de deux sapins de sinople, un écu d'azur au pal d'or chargé de trois chevrons renversés de gueules brochant sur la partition.
Ces noms ont comme base le verbe "reuten - rüten" qui signifier défricher, tout comme rodern, ausroden ou ausrotten. Le nom "RODERN" a d'ailleurs la même origine.
Dans GEREUTH le préfixe "ge" désigne l'ensemble des défrichements qui ont eu lieu jusqu'au 11è siècle, c'est à dire du temps des Gaulois, des Gallo-romains puis des Vosgiens. Le terme "Carillé" dérive du mot vosgien "quarelle" qui désigne un terrain carré. C'est bien le cas d'un ensemble de prairies et de champs à gauche de la route qui mène d'ODEREN à KRUTH et au sud du FOSSBUHL. Cette étendue constitue presque un kilomètre carré.
Le beau village de Kruth dans le fond de la Haute vallée de la Thur
Près de Remiremont et Saulxures se trouvent plusieurs "quarelles".
Le GRIEB est une formation gauloise dont la racine est également "car" qui se dit d'un terrain rocailleux et d'où provient le mot "gravas" ou "grèves" que l'on trouve en Grébimont (Steinberg) et Grébur (plateau pierreux) dans les Vosges.
Le GUMM ou CUMM dérive du pré-celtique "camb" qui est devenue cumba en gaulois et combe en français et qui désigne des dépressions, des vallons en forme d'auge, de cuve.
Le RITLE peut avoir pour base le terme gaulois "rit" qui veut dire un gué ou un passage. Le passage étroit entre le SCHLOSSBERG et le WINGWALD est devenu le "Rittle".
Le TSCHAGE ou tschagé est une élévation morainière modeste mais allongée près du pont de KRUTH provenant d'un mot gaulois "cagio" devenu quai et chais..
Le BITSCHA dérive du latin "bestia" qui veut dire biche en gallon-romain. Le BITSCHA est le ruisseau de la biche comme à St Amarin où l'on trouve le HIRSCHEBACH.
Le WINDERONG est un composé gaulois de "vindo" qui veut dire blanc et de rang que les Vosgiens prononcent "rong" et qui désigne une forte pente.. Le Winderong est donc une hauteur longtemps couverte de neige et assez abrupte au dessus du village. D'où provient également le WINDERGE qui est un champ blanc et qui pour le RUNDCHE ou RUNSCHE est le Rondchamp Vosgien.
Le DUNTLE peut provenir de "Dumetellum" composé du latin dumetum qui se dit d'un terrain défriché autrefois très broussailleux.
Le FETSCHERE provient de la fougère prononcé "feigères" ou "feugères" et enfin "féchères" par les Vosgiens.
Le GUTSCHENE veut dire la goutte, l'endroit humide couvert de genêts puis défriché.
Le FAULER est la prononciation alsacienne du vosgien "fouillard" qui signifie également broussailles reconverties en terrain cultivable.
Le FRENTZ ou FRANTZ est le hameau où les Francs ou les Vosgiens se sont retirés devant les nouveaux occupants. En France il y a d'autres FRANTZ ainsi des Frans, des Frains, des Frends en sont-ils dérivés.
Le SOLMONT est le mont des saules
Le SELLWALD est la forêt des Aunes que les Vosgiens appelles Zelles ou Zèles.
Le KIMENE provient de la racine gauloise "camino" prononcé "kimené" par les Vosgiens. Ce qui signigie CHEMIN... les Kimenematten sont des prairies traversées par un chemin.
Le STRASS provient du latin "stratum" qui se dit d'une étendue plane mais aussi d'une voie rendue place par la pose de dalles. Le gallo-romain formait de stratum - stress de l'ancien français en faisait "estrées" - le strass de Kruth n'est pas à l'origine une voie pavée c'est une étendue plane - ce mot vient aussi du celtique strath -
le SANTISASCH - un vallon latéral où se trouve la chapelle SAINT NICOLAS s'appelle ainsi - ce drôle de nom pourraît être formé de "Santiklaus" devenu par altération Santiklass et finalement prononcé Santisasch, Santisage par les Vosgiens.
l'ancienne chapelle SAINT NICOLAS au dessus d'ODEREN-KRUTH
Le BURBACH formé du mot alaman "burren" veut dire bruyant, bourdonner, comme Lautenbach composé de laut qui veut dire sonore et de bach.
Le SCHAFFERT est l'abréviation de Schafhürde qui veut dire le parc des brebis. Le village de Wildenstein a pris son nom du mont-îlot voisin. Le Schaffert se situe très au dessus du village de KRUTH et comporte encore une très belle ferme auberge avec ses pâturages.
La WERSCHMATT au dessus de la chapelle St-Nicolas est la prairie des Värsen ou Kalbinen qui signifie les génisses.. beaucoup de pâtures sans doute lui ont donné ce nom, lieu où se situe également une ferme auberge.
Le BUTTELMATT nom de l'appariteur autrefois appelé "Büttel" et qui est appelé aussi Wachtmeister dans la vallée.
Les LISELMATTEN étaient d'abord les LÖSELMATTEN qui sont des petits lots de prairies. Les quatre communes du fond de la vallée partagèrent entre elles les terres de la Cour Colongère de l'Abbaye de MURBACH et en faisaient des lots que les habitants pouvaient louer et plus tard acheter. Le LUSCHUWEL est aussi de cette catégorie.
Le SICKBUHL désigne la colline où pousse la "segge" ou lèche appelée aussi Riedgras.
Le FOSSBUHL désigne la colline des renards (Foss ou Fuchs)
Le WING peut provenir de "winden ou wenden" et se dit de l'élargissement d'un chemin carrossable mais étroit.
Le SCHUFELRUCKEN est une pente, autrefois inculte mais défrichée avec la permission de l'Abbaye de MURBACH qui revendiquait le "Shüfelrecht" le droit d'autoriser un défrichement avec la pelle (schaufel) et le pic.
Les noms Vosgiens des lieux-dits de KRUTH prouvent que cette région fut d'abord défrichée et colonisée par l'Abbaye de REMIREMONT fondée en 620, elle étendait ses possessions sur les deux versants des Vosges.
Tous les grands pacages du Ballon d'Alsace jusqu'au Lac Blanc lui appartenaient, mais peu à peu, l'Abbaye de MURBACH accapara toute la haute vallée de Saint-Amarin et le couvent de REMIREMONTen garda seulement la suzeraineté théorique et illusoire.
M.A.T. Sources : Les noms des lieux et des lieux-dits dans la vallée de St Amarin par Fr. Joseph PETER Prêtre de BITSCHWILLER collection ASS.I.F.ARNOLD
08 avril 2007
Les lieux dits d'ODEREN village de la parentèle
D'après le Frère Joseph PETER de BITSCHWILLER (1979)
Un blason ancien rappelle le passé d'ODEREN de nom gaulois "ALTODURUM" qui veut dire : refuge fortifié sur une hauteur "Hohenburg". Avec le temps, le terme Altodurum fut progressivement abrégé pour devenir finalement "ODR" - ce blason représente une montagne surmontée d'une fortification avec au centre une tour, à dextre se trouve trois oiseaux volant et au dessus de la tour "ODR" - la montagne possède à la base des sapins et au centre des touffes d'herbes, aujourd'hui ce blason est le suivant comportant le chien de l'abbaye de MURBACH dont ODEREN était dépendant au XVIIème siècle :
Datant de 1976
Parti, au premier de gueules à deux clés d'argent posées en sautoir,
au second d'argent au lévrier de sable colleté de gueules, enté en pointe, d'argent
Les noms et les lieux-dits peuvent révéler quelles populations ont habité en ces endroits. Un exemple très intéressant en est fourni par le nom du village d'ODEREN et par les appellations de ses lieux-dits ou écarts.
Le terme d'ALTODURUM inspira Charles ROSTAING, professeur honoraire à la Sorbonne qui sur l'interrogation de l'abbé PETER, lui avait suggéré cette appellation toponymique "ALT" à savoir HAUT et "DURUM" à savoir Citadelle, refuge fortifié ou Fort, ce monticule haut d'une centaine de mètres domine le village avec aujourd'hui, en lieu et place du Fort, la belle église qui le surplombe. Le "O" relie les deux termes qui eux-mêmes ont une origine ancienne.
Par l'évolution phonétique gauloise "ALTODURUM" est donc finalement devenue Odèr, accentué sur le è. Mais les derniers occupants de la région, les Alamans, ont seulement dans leur mode linguistique reculé l'accent sur l'"O" et ainsi a été formé définitivement le terme "ODR" soit : ODEREN aujourd'hui.
Le toponyme ODR ne vient donc aucunement de l'Alaman "ADER" (veine) et il cadre bien avec les noms archaïques des lieux-dits qui entourent le village.
ODEREN vue des années 50
Plus haut que la rue Dürrembach se trouve deux groupes de maisons appelés "Klein-Cosch" et "Gross-Cosch". Les professeurs DAUZAT et ROSTAING font dériver ce terme de la racine indo-européenne "Kukk" ou "Cucc". Dans les Alpes, il y a de nombreux "Cosges" et dans le midi de multiples "cuges" tous situés, sans exception, sur des élévations et l'on sait que la rue Dürrembach monte considérablement pour atteindre le "Tschar"... En continuant ce chemin du Cosch on y arrive justement au Tschar (lieu où vécurent mes aïeux pendant une grande période du siècle dernier) Ce nom est aussi d'origine pré-indoeuropéenne et désigne un lieu pierreux. Sa racine vient de "kar" qui est devenu dans le langage de nos ancêtres "Tschar".
De la même racine est formé le toponyme "Altscher".. "Al" en indo-européen veut dire hauteur ! Al-Tschar devenu ALTSCHER est une hauteur rocailleuse au dessus du village.
Nous trouvons ce détail dans le nom des "Kalafelsen" qui forment un grand massif de rochers au nord du "Suterlay". Les Alamans qui ont constitué ce doublet "kalafelsen" ne pouvaient pas savoir que "Kala" et "Felsen" désignent la même chose. Du radical "Kala (Cala) provient le terme Calamis abrégé en "calm" qui est devenu "Schalm" à ODEREN et désigne un terrain pierreux près du "HINTERGOTT". De calamis s'est formé le terme "Chaumes" nom appliqué aux pâturages pierreux des Hautes-Vosges !
Le "TREH" est une de ces chaumes. Son nom a comme base le pré indo-européen "tr" ou "ter" = "tritus" en latin et "tresk" en pré-germanique en viennent les termes "Tresk" qui est devenu "dreschen" et veut dire : battre, abattre, faire un abattage, une coupe. Trêh désigne donc un défrichement. On sait que les crêtes des Vosges étaient autrefois boisées et furent dénudées peu à peu par le rude travail des éleveurs pour en faire des pâturages d'été..
Les hautes chaumes ici "le Honeck" vers 1950
La rue à l'ouest de la place d'Oderen s'appelle la "GORT". Ce toponyme a comme racine "Gher", "Ghor" devenu "chortos" en grec, "hortus" en latin et "cort" en celtique et qui signifie "enclos" d'un lieu fortifié. Ce refuge défensif se trouvait sur le monticule abrupt portant désormais l'église et le cimetière, le tout entouré par un mur solide et certainement fortifié.
Lorsque l'on traverse le pont à la limite de la rue de la Gort, on arrive à un groupe de maisons appelé "RITSCHA". Ce toponyme est formé du gaulois "ritu" ou rit qui désigne un gué. Le passage a été utilisé avant la construction du pont sur la Thur. L'autre composé de Ritscha est le celtique "caé" qui veut dire maison et est devenu "Tscha". Le RITSCHA est donc le hameau près du gué.
Le quartier de la rue de la Gort sous le monticule de l'église
Autre lieu dit de provenance vosgienne est le "BRECHEL" qui est un diminutif de "Breuche" comme les Breuchettes et Breuchaules dans la région de Remiremont qui veulent dire : défrichements.
Près du "Bréchel" se trouve le "GRANDSCHE". Assez souvent les Vosgiens prononcent "Champ" comme "ché" le Gransché est donc un grand champ, de même que le Rundsché ou Rondché ou RUNSCHE à KRUTH est un champ rond, (premier lieu où vécut Claude ARNOLD lors de sa venue à KRUTH).
Plus loin se trouve le "Taschlé" nom provenant d'une formation venue du bas-latin "taxo" devenu "taisson" en ancien français et "Daschs" en allemand. Le "TASCHLE" est donc un endroit où il y avait un repaire de blaireaux. Le "BRAY" est une prairie au nord d'ODEREN sur le bord de la THUR. Ce terme dérive du bas-latin "Bracium" qui signifie "terrain humide" et qui formait autrefois le "Brayweiher".
Au dessus du Tschar on aperçoit un petit monticule arrondi et symétrique sur lequel se trouve un arbre c'est le "GUMMKOPF" - GUMM a comme base celtique "cumba" devenue "comm(e)" avec un "e" muet qui signifie une dépression en forme d'auge. Dans ce haut-vallon concave s'élève donc le Gummkopf comme un immense kougelhof !!!
Le "MAREL" ou MAËRLE est un hameau perché d'ODEREN. Il tire son nom du "Märelweiher" situé en bas du groupe de maison qui le compose, sorte de petit étang poissonneux ou petite "mer" ou lac... plus précisémment ici le mérelle est un étang. Le terme Märelweiher est donc un doublet, une tautologie, ses deux composants signifiant la même chose. Les Alamans ont formé ce terme ne connaissant pas le sens de "Mérelle".
En sortant d'ODEREN pour aller sur KRUTH on voit à droite le "FONTAY" champ et forêt. Ce nom en Vosgien veut dire fontaine mais est formé de "font" et du suffixe collectif "aille".
Une hache de pierre polie fut retrouvée au TREH et une autre découverte à ODEREN même, proviennent des temps néolithiques, donc d'au moins 3000 ans avant JC. Dans l'étang du Märel on a découvert des restes de pilotis, preuves d'habitations lacustres préhistoriques (Pfahlbauten, palafittes).
On ne connait pas vraiment le nom des premières peuplades qui ont vécu sur cette région, toutefois, il paraît que de ces habitants préhistoriques, les Basques (Vascones) seraient les premiers qu'on puisse nommer.
Les Historiens qui admettent cette possibilité, interprêtent le "Vogesus Mons" comme la montagne des Basques. Aussi le WASGENWALD, WASGAU, WASIGENSTEIN, rappelleraient la présence des Basques dans les Vosges ! Ils auraient été refoulés par les Ligures, ceux-ci par les Gaulois et les Gaulois romanisés par les Alamans. Dans cette succession de peuplade, les conquérants ont conservé certains noms de lieux et de lieux-dits de leurs vaincus, comme le prouve donc la toponymie d'ODEREN et de ses environs.
Un Castellum semble avoir existé sur le Kastelberg, également sur le Marelberg, d'où ils pouvaient contrôler tout le fond de la vallée. Dans le Marelweiher, des monnaies romaines en or dont les dates vont jusqu'à vers 400 après JC ont été retrouvées.. ODEREN avait donc son trésor, mais plus encore que celui sonnant et trébuchant c'est un village attachant, plein de vie, fleuri, et où il fait bon vivre chaque jour de l'année.
à suivre toponymie de Kruth...
M.A.T. sources : Les noms des lieux et des lieux-dits dans la vallée de Saint-Amarin par Fr. Joseph PETER Prêtre retraité de Bitschwiller les Thann - collection ASS.I.F.ARNOLD -
19 mars 2007
LA BELLE VALLEE DE SAINT AMARIN
Texte d'après celui de Paul STINZI "La vallée de St Amarin au cours des siècles"
Une voie romaine bifurquant de celle longeant le pied des Vosges près de CERNAY, passait par la vallée de SAINT AMARIN. En face de la Filature de laine peignée de MALMERSPACH, elle quittait le fond de la vallée et entaillait, au dessus de l'actuelle voie ferrée, un promontoire rocheux de la montagne (voie romaine découverte en 1910 par Désiré Lutz et remise à nu en 1966 par les lycéens de Thann)
On peut y voir deux ornières parallèles creusées dans le rocher. Cet endroit est cité en 1342 sous le nom de Hauwenstein (Christian WILSDORF Dans la vallée de la Thur aux XIII et XIVè siècles) pour pénétrer dans le val d'URBES et sous la dénomination "alter Weg" monter vers le col de Bussang, puis redescendre vers Saint-Maurice. La route romaine reliait ainsi la vallée de la Thur à la vallée de la Moselle. Ce chemin par le col de Bussang servait également après les grandes invasions.
LA BELLE VALLEE DE ST AMARIN (lithographie de Charles GRAD - Ancarpost)
Au VIIè siècle, il est question d'une petite agglomération du nom de DOROANGUS sur les bords de la Thur où un moine, venu sans doute de Luxeuil avait fondé un petit couvent, situé probablement à l'emplacement du cimetière de ST AMARIN (an 625). La chapelle, remplacée plus tard par l'église du couvent, fut consacrée à SAINT MARTIN dont le culte fut précisément répandu par Luxeuil. La fondation du couvent dont les moines suivaient la règle sévère de Saint-Colomban, avait été autorisé par Warnaachaire, Seigneur de la vallée. Celle-ci était couverte de forêts étendues où seule existaient quelques fermes près de DOROANGUS et sur la Thur poissonneuse. Le moine AMARIN, fondateur du couvent, fut guéri d'une maladie par Project ou Projet,évêque des Arvernes, de passage à DOROANGUS. Plus tard, Amarain ayant fait une visite à Project, fut assassiné avec celui-ci à Volvic en Auvergne (an 676). Leurs reliques furent transférées à l'église Saint-Martin de DOROANGUS, berceau de la future ville de Saint-Amarin.
VUE ANCIENNE DE ST AMARIN réalisée par Hans KLAUBER (artiste Bâlois) au 16è siècle
(coll. Ass.I.F.Arnold tous droits réservés)
Le couvent ne se développa guère. Vers 1191 il fut transformé en chapitre de chanoines séculiers qui fit construire une collégiale romane ressemblant à celle de Vieux-Moutier de St Mihiel. En 1442, le chapitre de Saint-Amarin fut tansféré à Thann dont l'église Saint-Thiébaud devint ainsi une collégiale. Les chanoines continuaient, toutefois, à assurer le culte à l'ancienne collégiale à Saint-Amarin et de Saint-Project. Elle se trouvait sur l'emplacement de l'église paroissiale Saint-Martin actuelle. Quant au premier sanctuaire, dédié à St Martin, il devint propriété de l'abbaye de MURBACH.
Par les traités de WESPHALIE (1648) mettant fin à la guerre de 30 ans, les territoires autrichiens en Alsace dont par exemple la seigneurie de Thann passèrent au roi de France tenant à la seigneurie abbatiale de MURBACH et elle parvint au roi par les Chambres de Réunion (1680-1684).
Reconstruit après 1648, le château de Saint-Amarin que l'on voit sur la vue de Hans KLAUBER, fut à nouveau sinistré en 1665. On utilisa les pierres de taille pour la construction de l'église d'ODEREN en1693. Seule une tour ronde de l'ancien château existait encore au XVIIIè siècle. Elle est mentionnée par l'historien SCHOEPFLIN. En 1807 on construisit sur le rocher du château disparu une maison qu'on appelait "Schlessel".
Après l'incendie du château en 1665, le bailli habitait sans doute une maison non loin de ce château ruiné. En 1737, l'abbaye lui fit construire une nouvelle demeure près de la porte haute.
L'ancienne église collégiale de Saint-Amarin, tombée en ruines, fut démolie autour de 1750 lors de la construction de l'actuelle église paroissiale (1757 à 1762) qui fut consacrée en 1786 par Casimir de RATHSAMHAUSEN, Prince abbé de MURBACH. Elle s'élève sur l'emplacement de l'ancienne collégiale dont les pierres avaient été utilisées pour la construction du nouveau sanctuaire. Celui-ci conserve une superbe Vierge provenant de l'ancienne collégiale. Une belle chapelle évoque le souvenir de Saint-Amarin. Quant à l'ancienne église Saint-Martin au cimetière, elle fut démolie en 1809.
Autour de Saint-Amarin des agglomérations se formèrent au cours des siècles : Hintervogelbach, Meerbaechle, Kattenbach, Breuil (grande ferme de MURBACH puis à partir du dernier siècle, le blanchiment de l'industrie de Wesserling) Vogelbach fut réuni à Saint-Amarin.
La ville et le bailliage de Saint-Amarin restèrent sous la domination de l'abbaye de MURBACH jusqu'en 1789. Le Bailli qui résidait à Saint-Amarin donna les terres abbatiales en fief à des familles nobles (les STOER - WALDNER etc.. et aux nobles de Wattwiller, d'Altenach, de Schweighouse, de Hastatt). Le bailliage était divisé en Mairies (Meiertümer).
ABBAYE DE MURBACH (photo B.Lichtenberger tous droits réservés)
Les ressources de la vallée furent multiples mais parlons également de la vigne qui fut cultivée sur les pentes ensoleillées de Willer sur Thur, de Saint-Amarin et même de Mollau autrefois et qui le sont toujours sur les coteaux perchés de Thann ouvrant ainsi la porte de la route des vins tellement fréquentée..
On y mentionne aussi la culture du trèfle, du blé, du chanvre, de la pomme de terre, l'arboriculture, la distillation de la gentiane. Les ruisseaux autrefois étaient riches en truites et en écrevisses. Chaque village avait au moins un moulin. Nombreuses étaient les scieries. Les habitants étaient Bûcherons, Charbonniers, Schlitteurs. Un nouvelle richesse fut découverte au cours des siècles : l'exploitation minière (G. SIFFERLEN La vallée de Saint-Amarin Strasbourg 1912) C'est ainsi que l'abbé Achatius de Grissen, autorisa Pierre Schultheiss de Cernay d'exploiter le minerai de fer dans les mines de BITSCHWILLER, appelé alors "Burtzwilre". Murbach possédait jusqu'au XVIIIè siècle SEPT mines très importantes à BITSCHWILLER, administrés par le bailli de Saint-Amarin. Elles furent à l'origine d'une fonderie et d'une forge appartenant à Joseph LAUENEN de Grandvillars en 1739 et de l'industrie mettalurgique après 1800. A Willer, Murbach fit construire une fonderie et un martinet qui existaient jusqu'au début du XIXè siècle. Dès 1508 on cherchait près de MOOSCH de l'or, de l'argent, du cuivre, du minerai de fer.
Les mines étaient riches, mais l'extraction du minerai était difficile parce que l'eau inondait souvent les galeries. Près d'Urbès où Murbach possédait un grand lac, des mines de cuivre furent exploitées au XVIIè siècle. On en cite six dont l'une fut sans doute la romantique "cuisine du diable" dans le Bruckenbachtal. Des mines de cuivre furent exploitées près de STORCKENSOHN et MOLLAU.
LE BEAU PETIT VILLAGE DE MOLLAU qui a conservé son aspect d'autrefois encore de nos jours..
Le XIXème siècle fut le siècle de l'industriellisation de la vallée grâce au rayonnement de l'industrie textile de Mulhouse dans les vallées des Vosges méridionales. Dès le XVIIIè les frères KOECHLIN l'avaient introduite à Willer. L'industrie textile gagna toutes les communes jusqu'à Urbès. Husseren-Wesserling devint le grand centre industriel de toute la vallée et le nom de GROS-ROMAN conquit une réputation européenne. Par ses écoles de dessin, de calcul, de musique, de littérature, cette entreprise eut une forte influence culturelle, par ses caisses de maladie, de prêts, d'épargne, une importance sociale selon le bon principe paternalisme du XIXème siècle comme le firent de nombreuses entreprises en France. La voie ferrée Mulhouse-Thann fut prolongée pour des raisons industrielles jusqu'à Wesserling en 1863 et de là jusqu'à Kruth en 1905.
Urbès, où se trouvait un relai doit son origine et son développement au col de Bussang. En 1506, Murbach fit restaurer le chemin de la Steige qui d'Urbès, se dirigeait vers le fond du vallon d'où il gagna le col. Le chemin n'était pas sans danger : des individus dont il fallait se méfier se cachaient dans les ravins et les forêts. Les loups y étaient assez fréquents sans parler des intempéries et des dangers de la montagne. Jusqu'au début du XVIème siècle, une hôtelerie de Murbach se trouvait à Urbès où l'on percevait le péage de 1228 à 1550.
Au XIXè siècle on changea et améliora le tracé de la route vers le col. Un tunnel long de 300 mètres devait rendre le passage d'un versant à l'autre moins dangereux en hiver. Il a été supprimé au lendemain de la dernière guerre.
L'ancien tunnel long de 216 mètres large de 8 mètres haut de 6 m 50, terminé en 1849 dynamité en 1944 a été fermé et contourné par une route à ciel ouvert en 1953
sa vue aujourd'hui
photo P. Luttenbacher
Pour terminer faisant une incursion dans le fond de la vallée de Saint-Amarin où plutôt dans la Haute vallée de la Thur et dans ces villages où la plupart de nos aïeux ont vécu : l'église mère du val était l'église d'ODEREN consacrée à Saint-Nicolas patron de la Lorraine et protecteur des voyageurs. Elle fait son apparition dans les documents dès 1302. L'église actuelle date de 1711. Le clocher est l'oeuvre de l'architecte Gabriel Ritter de GUEBWILLER. Les églises de FELLERING, KRUTH et WILDENSTEIN ne furent construites qu'au XIXè siècle à l'époque où la verrerie de WILDENSTEIN fondée en 1699 par l'abbaye de Murbach connait son plus bel essor qui s'arrêtera cependant en 1884 mais qu'un fils de ce village (voir notre article à ce sujet) François Antoine Robischung (1847-1923) a évoqué dans ses souvenirs littéraires.
M.A.T.
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