ODEREN ET REMIREMONT

D’après les récits de G. SIFFERLEN 

Depuis la haute-antiquité, hactenus ab antiquo(1), ODEREN relevait des Chanoinesses de REMIREMONT, qui, outre les privilèges dont jouissait le village grâce à ces dernières, avaient assuré à la communauté les faveurs suivantes : - le droit de chasse (2) depuis le « Spitz » jusqu’au « Hirtzsprung », la franchise du banvin et des corvées, l’exemption du péage pour les marchandises, tant à REMIREMONT qu’à SAINT-AMARIN. Aucun seigneur, encore moins un étranger, ne pouvait traverser le territoire avec du butin ou des prisonniers ; les bourgeois avaient toute liberté d’émigration.

En reconnaissance de ces avantages, et pour payer leurs tenures, les bourgeois d’ODEREN se rendaient tous les deux ans (3) en procession, croix en tête, à REMIREMONT.

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Procession en Alsace (Carte postale ANCARPOST F. Apprill)

Le lundi de Pentecôte, ils partaient de grand matin, et y arrivaient vers midi. Reçus au petit pont par l’abesse, la sacristine et les autres dames, ils séjournaient, pendant trois jours, en ville, sous la protection spéciale de l’abbesse.

Pour plus de sécurité, ils avaient la permission de garder leurs armes à l’intérieur de la ville. Si la procession ne pouvait se faire, les bourgeois devaient envoyer, d’une autre façon leurs redevances à l’abbesse. En retour, celle-ci devait les défendre, en tout et partout, contre leurs propres avoués (4) et contre tout autre homme, noble ou non noble, de France ou d’Allemagne (5).

Le rotule de ces conventions, dont M. HANAUER a retrouvé une copie, remonte au XIIIe siècle. Il règlait l’administration et la justice comme nous l’avons dit, et ordonnait la transmission des colonges.

Quand une tenue colongère devenait vacante, le maïor pouvait, au bout de 30 jours, forcer ceux qui y avaient quelque part, à en recevoir l’investiture. Le censitaire qui mourait, devait un « mortuaire », c’est à dire la meilleure bête d’un de ses troupeaux. Si le censitaire était un enfant, il ne payait que 5 sous.

Le rotule indiquait aussi la manière de tenir les plaids. Aux jours d’assemblée au Dinghof, le maïor devait placer un domestique en sentinelle sur la montagne du Kastelberg (château d’ODEREN sur le Maërle) et un autre sur le toit de la maison où se tenait le plaid.

Si des personnes suspectes étaient aperçues, le premier avertissait le second qui, à son tour, prévenait le représentant du seigneur de se mettre en mesure de parer à tout danger.

-          (1) – Hanauer = Constitution des campagnes en Alsace au moyen-âge pages 29-30

-          (2)  - Ce privilège n’allait pas sans une petite redeveance. Pour un sanglier, un cerf ou un ours tué, le chasseur remettait au seigneur la tête et une patte de la victime.

-          (3) – D’autres disent tous les 3 ans (manuscrit Valdenaire, Prieur d’Hérival)

-          (4) – Ces avoués étaient chargés au nom du seigneur de défendre la colonge et de présider la justice.

-          (5) – Jura et libertates villae Oder.

M.A.T.

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REMIREMONT (photo Pierre Bérard ASS.I.F.ARNOLD tous droits réservés)