Texte d'après celui de Paul STINZI "La vallée de St Amarin au cours des siècles"

Une voie romaine bifurquant de celle longeant le pied des Vosges près de CERNAY, passait par la vallée de SAINT AMARIN. En face de la Filature de laine peignée de MALMERSPACH, elle quittait le fond de la vallée et entaillait, au dessus de l'actuelle voie ferrée, un promontoire rocheux de la montagne (voie romaine découverte en 1910 par Désiré Lutz et remise à nu en 1966 par les lycéens de Thann)

On peut y voir deux ornières parallèles creusées dans le rocher. Cet endroit est cité en 1342 sous le nom de Hauwenstein (Christian WILSDORF Dans la vallée de la Thur aux XIII et XIVè siècles) pour pénétrer dans le val d'URBES et sous la dénomination "alter Weg" monter vers le col de Bussang, puis redescendre vers Saint-Maurice. La route romaine reliait ainsi la vallée de la Thur à la vallée de la Moselle. Ce chemin par le col de Bussang servait également après les grandes invasions.

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LA BELLE VALLEE DE ST AMARIN  (lithographie de Charles GRAD - Ancarpost)

Au VIIè siècle, il est question d'une petite agglomération du nom de DOROANGUS sur les bords de la Thur où un moine, venu sans doute de Luxeuil avait fondé un petit couvent, situé probablement à l'emplacement du cimetière de ST AMARIN (an 625). La chapelle, remplacée plus tard par l'église du couvent, fut consacrée à SAINT MARTIN dont le culte fut précisément répandu par Luxeuil. La fondation du couvent dont les moines suivaient la règle sévère de Saint-Colomban, avait été autorisé par Warnaachaire, Seigneur de la vallée. Celle-ci était couverte de forêts étendues où seule existaient quelques fermes près de DOROANGUS et sur la Thur poissonneuse. Le moine AMARIN, fondateur du couvent, fut guéri d'une maladie par Project ou Projet,évêque des Arvernes, de passage à DOROANGUS. Plus tard, Amarain ayant fait une visite à Project, fut assassiné avec celui-ci à Volvic en Auvergne (an 676). Leurs reliques furent transférées à l'église Saint-Martin de DOROANGUS, berceau de la future ville de Saint-Amarin.

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VUE ANCIENNE DE ST AMARIN réalisée par Hans KLAUBER  (artiste Bâlois) au 16è siècle

(coll. Ass.I.F.Arnold tous droits réservés)

Le couvent ne se développa guère. Vers 1191 il fut transformé en chapitre de chanoines séculiers qui fit construire une collégiale romane ressemblant à celle de Vieux-Moutier de St Mihiel. En 1442, le chapitre de Saint-Amarin fut tansféré à Thann dont l'église Saint-Thiébaud devint ainsi une collégiale. Les chanoines continuaient, toutefois, à assurer le culte à l'ancienne collégiale à Saint-Amarin et de Saint-Project. Elle se trouvait sur l'emplacement de l'église paroissiale Saint-Martin actuelle. Quant au premier sanctuaire, dédié à St Martin, il devint propriété de l'abbaye de MURBACH.

Par les traités de WESPHALIE (1648) mettant fin à la guerre de 30 ans, les territoires autrichiens en Alsace dont par exemple la seigneurie de Thann passèrent au roi de France tenant à la seigneurie abbatiale de MURBACH et elle parvint au roi par les Chambres de Réunion (1680-1684).

Reconstruit après 1648, le château de Saint-Amarin que l'on voit sur la vue de Hans KLAUBER, fut à nouveau sinistré en 1665. On utilisa les pierres de taille pour la construction de l'église d'ODEREN en1693. Seule une tour ronde de l'ancien château existait encore au XVIIIè siècle. Elle est mentionnée par l'historien SCHOEPFLIN. En 1807 on construisit sur le rocher du château disparu une maison qu'on appelait "Schlessel".

Après l'incendie du château en 1665, le bailli habitait sans doute une maison non loin de ce château ruiné. En 1737, l'abbaye lui fit construire une nouvelle demeure près de la porte haute.

L'ancienne église collégiale de Saint-Amarin, tombée en ruines, fut démolie autour de 1750 lors de la construction de l'actuelle église paroissiale (1757 à 1762) qui fut consacrée en 1786 par Casimir de RATHSAMHAUSEN, Prince abbé de MURBACH. Elle s'élève sur l'emplacement de l'ancienne collégiale dont les pierres avaient été utilisées pour la construction du nouveau sanctuaire.  Celui-ci conserve une superbe Vierge provenant de l'ancienne collégiale. Une belle chapelle évoque le souvenir de Saint-Amarin. Quant à l'ancienne église Saint-Martin au cimetière, elle fut démolie en 1809.

Autour de Saint-Amarin des agglomérations se formèrent au cours des siècles : Hintervogelbach, Meerbaechle, Kattenbach, Breuil (grande ferme de MURBACH puis à partir du dernier siècle, le blanchiment de l'industrie de Wesserling) Vogelbach fut réuni à Saint-Amarin.

La ville et le bailliage de Saint-Amarin restèrent sous la domination de l'abbaye de MURBACH jusqu'en 1789. Le Bailli qui résidait à Saint-Amarin donna les terres abbatiales en fief à des familles nobles (les STOER - WALDNER etc.. et aux nobles de Wattwiller, d'Altenach, de Schweighouse, de Hastatt). Le bailliage était divisé en Mairies (Meiertümer).

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ABBAYE DE MURBACH (photo B.Lichtenberger tous droits réservés)

Les ressources de la vallée furent multiples mais parlons également de la vigne qui fut cultivée sur les pentes ensoleillées de Willer sur Thur, de Saint-Amarin et même de Mollau autrefois et qui le sont toujours sur les coteaux perchés de Thann ouvrant ainsi la porte de la route des vins tellement fréquentée..

On y mentionne aussi la culture du trèfle, du blé, du chanvre, de la pomme de terre, l'arboriculture, la distillation de la gentiane. Les ruisseaux autrefois étaient riches en truites et en écrevisses. Chaque village avait au moins un moulin. Nombreuses étaient les scieries. Les habitants étaient Bûcherons, Charbonniers, Schlitteurs. Un nouvelle richesse fut découverte au cours des siècles : l'exploitation minière (G. SIFFERLEN La vallée de Saint-Amarin Strasbourg 1912) C'est ainsi que l'abbé Achatius de Grissen, autorisa Pierre Schultheiss de Cernay d'exploiter le minerai de fer dans les mines de BITSCHWILLER, appelé alors "Burtzwilre". Murbach possédait jusqu'au XVIIIè siècle SEPT mines très importantes à BITSCHWILLER, administrés par le bailli de Saint-Amarin. Elles furent à l'origine d'une fonderie et d'une forge appartenant à Joseph LAUENEN de Grandvillars en 1739 et de l'industrie mettalurgique après 1800. A Willer, Murbach fit construire une fonderie et un martinet qui existaient jusqu'au début du XIXè siècle. Dès 1508 on cherchait près de MOOSCH de l'or, de l'argent, du cuivre, du minerai de fer.

Les mines étaient riches, mais l'extraction du minerai était difficile parce que l'eau inondait souvent les galeries. Près d'Urbès où Murbach possédait un grand lac, des mines de cuivre furent exploitées au XVIIè siècle. On en cite six dont l'une fut sans doute la romantique "cuisine du diable" dans le Bruckenbachtal. Des mines de cuivre furent exploitées près de STORCKENSOHN et MOLLAU.

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LE BEAU PETIT VILLAGE DE MOLLAU qui a conservé son aspect d'autrefois encore de nos jours..

Le XIXème siècle fut le siècle de l'industriellisation de la vallée grâce au rayonnement de l'industrie textile de Mulhouse dans les vallées des Vosges méridionales. Dès le XVIIIè les frères KOECHLIN l'avaient introduite à Willer. L'industrie textile gagna toutes les communes jusqu'à Urbès. Husseren-Wesserling devint le grand centre industriel de toute la vallée et le nom de GROS-ROMAN conquit une réputation européenne. Par ses écoles de dessin, de calcul, de musique, de littérature, cette entreprise eut une forte influence culturelle, par ses caisses de maladie, de prêts, d'épargne, une importance sociale selon le bon principe paternalisme du XIXème siècle comme le firent de nombreuses entreprises en France. La voie ferrée Mulhouse-Thann fut prolongée pour des raisons industrielles jusqu'à Wesserling en 1863 et de là jusqu'à Kruth en 1905.

Urbès, où se trouvait un relai doit son origine et son développement au col de Bussang. En 1506, Murbach fit restaurer le chemin de la Steige qui d'Urbès, se dirigeait vers le fond du vallon d'où il gagna le col. Le chemin n'était pas sans danger : des individus dont il fallait se méfier se cachaient dans les ravins et les forêts. Les loups y étaient assez fréquents sans parler des intempéries et des dangers de la montagne. Jusqu'au début du XVIème siècle, une hôtelerie de Murbach se trouvait à Urbès où l'on percevait le péage de 1228 à 1550.

Au XIXè siècle on changea et améliora le tracé de la route vers le col. Un tunnel long de 300 mètres devait rendre le passage d'un versant à l'autre moins dangereux en hiver. Il a été supprimé au lendemain de la dernière guerre.

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L'ancien tunnel long de 216 mètres large de 8 mètres haut de 6 m 50, terminé en 1849 dynamité en 1944 a été fermé et contourné par une route à ciel ouvert en 1953

sa vue aujourd'hui  TUNNEL_BUSSANG_ACTUEL_diminu_ photo P. Luttenbacher

Pour terminer faisant une incursion dans le fond de la vallée de Saint-Amarin où plutôt dans la Haute vallée de la Thur et dans ces villages où la plupart de nos aïeux ont vécu : l'église mère du val était l'église d'ODEREN consacrée à Saint-Nicolas patron de la Lorraine et protecteur des voyageurs. Elle fait son apparition dans les documents dès 1302. L'église actuelle date de 1711. Le clocher est l'oeuvre de l'architecte Gabriel Ritter de GUEBWILLER. Les églises de FELLERING, KRUTH et WILDENSTEIN ne furent construites qu'au XIXè siècle à l'époque où la verrerie de WILDENSTEIN fondée en 1699 par l'abbaye de Murbach connait son plus bel essor qui s'arrêtera cependant en 1884 mais qu'un fils de ce village (voir notre article à ce sujet) François Antoine Robischung (1847-1923) a évoqué dans ses souvenirs littéraires.

M.A.T.

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